Qui suis-je? Des mots pour le dire...


                          Avant, j'ai été berger, puis paysan éleveur. A la vieille manière, comme on vit encore chez moi, en Cévennes. Une vie de beauté, oui ! Celle du regard complice avec les animaux et le monde. Le plaisir d'aller garder le troupeau dans les collines et d'observer la genette discrète, l'épervier qui plane, joueur en courant d'airs. Guetter pour savoir si le frêne mettra la première feuille avant le chêne... Comment ne pas vivre avec l'odeur des fromages qui mûrissent sur leur lit de feuilles de châtaigniers, celle du foin odorant dans le fenil, celle des pommes qui patientent dans le grenier... Au jardin, aider et regarder pousser à leur rythme carottes et cèbes, fenouil, tomates et fèves, cueillir la verveine et les cassis. Ramasser au fil des jours les figues et les châtaignes, les champignons pour les conserves d'hiver devant la cuisinière qui ronfle. C'est comme le conte, tout ces bonheurs là, ça se partage !
  Et puis prendre le temps de la musique endiablée avec toute cette bande magique d'accordéonistes au beau nom '' L'Imagineïre''. Et voyager! Grâce aux copains-cousins qui débarquent et me remplacent à la ferme pour que je parte et revienne leur raconter...
  ...Il y avait un chemin derrière la maison. Des gens passaient. Certains qui avaient soif osaient s'arrêter, prenaient le temps. Je leur parlais du pays, de ce qui leur était invisible. De la fontaine du diable à la pierre du loup, ces vieilles légendes qui m'émerveillaient quand j'étais minot. Je voulais que tout cela ils se l'emportent comme provision de route, comme provision de cœur. Qu'un peu plus loin, ils saluent en souriant le voisin croisé.
 

                           Et puis un jour, en gardant, il y a eu une voix... A la radio à piles, avec Claude Villers, un type racontait des histoires. Des contes ! Henri Gougaud. Avec une langue, belle !! De ces mots polis, lustrés, et frais à la fois. De ces histoires d'ici et d'ailleurs, de ces contes qui semblaient parfois venir d'ici et qui étaient de si loin... Ça m'a donné envie. Peut-être est-ce la raison pour laquelle d'autres histoires d'enfance sont remontées à la surface. Je suis allé écouter des conteurs, j'ai dévoré des livres de contes et j'ai regardé le monde autrement...
  Tandis que ma vieille tante, de sa maison posée au village sur l'échine de la montagne, décidait de me raconter sa vie, la vie, la vie du monde, la vie des gens... De cette beauté, j'ai hérité. Tout ça c'est comme un trésor, ça se partage. Pour faire la fête. Avec les amis et ceux qui poussent la porte.
                          

                                             Ce que je raconte ce sont des histoires d'amour, d'amour de la vie, des histoires de vie, de bêtes et de fleurs, de petites gens. De celles et ceux qui m'accompagnent depuis des siècles. De ces vieilles histoires, tant contées jamais usées. Parfois amères, parfois douces. J'essaye de garder une langue aux beaux mots, une langue qui chante. Les mots me sont musiques. J'aime en prendre soin pour les offrir comme la cuisine que je prépare aux amis de passage."
                                            On me dit conteur. Je le suis. Et paysan je reste, aussi. 



"Patric, qui fut berger, reste herboriste, guetteur de loups, raconteur de sorcières, grand voyageur et marcheur, amoureux des mondes végétaux et animaux. Il aime aimer, les humains les lieux les arbres et les montagnes. Patric croît à la Parole, aux sagesses anciennes et à la fraternité.

Ecouter Patric c'est entendre le vent dans les arbres, et l' herbe pousser, avec des mots."


La carte ci-dessus est de Karine Boudart, photographe professionnelle.

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